Qui va là ? ou les acteurs de la grande migration des gnous (et associés)
La vedette de la grande migration des gnous, c'est bien sûr le gnou. En premier rôle aussi, mais un cran en dessous, nous trouvons un finement rayé, le zèbre . En utilité, les gazelles , surtout de Thomson, nombreuses certes mais injustement ignorées du public qui, en revanche, n'a d'yeux que pour les rôles de méchants brillamment tenus par les grands chats, lions , léopards et guépards et les mal-aimés seconds rôles de composition, hyènes, chacals et vautours (et naguère lycaons ). Il ne faut pas oublier des acteurs au rôle ponctuel, sinon épisodique, mais crucial, les crocodiles du Nil . Et, omniprésentes, envahissantes, la présence piquante de nuages de tsé-tsé, contre lesquelles on pestera moins quand on se rappellera que sans leur susdite envahissante omniprésente présence, la plupart des réserves naturelles et parcs nationaux tanzaniens et kenyans n'existeraient pas.

Commençons par la vedette en tête d'affiche. Le gnou à queue noire, Connochaetes taurinus de son petit nom savant, en anglais Wildebeest, est une antilope de grande taille, pesant de 230 à 260 kg pour une taille au garrot de 130 cm et plus, et une longueur de 180 à 240 cm, sans la queue. Mâle et femelle portent des cornes dirigées vers le haut et l'arrière pour les sujets âgés de plus de 6 mois. Son nom de gnou est la transposition du swahili gnu qui est une onomatopée censée restituer le bruit quasi continu qu'émettent nos infatigables marcheurs mâcheurs. Le gnou appartient à l'ordre des Artiodactyles (nombre de doigts pair) et à la famille des Bovidés. C'est donc un ruminant, astreint à brouter pendant des heures et à ruminer le reste du temps. Le gnou peut brouter en se déplaçant mais doit être au repos pour ruminer, couché sur le ventre ou debout.



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Le zèbre est un équidé aux goûts alimentaires rustiques, la gazelle de Thomson une petite antilope délicate dans ses choix alimentaires. Nos prédateurs sont des carnivores patentés, chasseurs ou charognards, le plus souvent les deux à la fois. Seuls les vautours ne s'attaquent exclusivement qu'aux proies mortes et seuls les guépards ne se nourrissent que de des proies qu'ils ont tuées. Les crocodiles du Nil sont des reptiles aquatiques à croissance continue qui peuvent atteindre 6 m de long et plus, peser plus de 500 kg (un record mythique à une tonne !).
Tout ce petit monde est imbriqué, la nourriture des uns dépend de la présence des autres, directement dans le cas d'une relation proie-prédateur, mais aussi de manière plus complexe entre herbivores de niches alimentaires différentes. Cet écosystème fonctionne depuis des millénaires au bénéfice mutuel de tous ses participants. Même les proies tirent bénéfice de l'action des prédateurs. Ceux-ci éliminent faibles, malades, individus en fin de vie, limitent les possibilités de transmission de tares génétiques, de propagation de maladies contagieuses (comme peste, charbon) et préviennent ainsi les épizooties (= épidémies des animaux), assurent un service de nettoyage/équarrissage sans faille. Et les prédateurs voient leur nombre dépendre de la ressource qu'il convient de ne pas surexploiter sous peine de lendemains de famine.
Cest quoi, la grande migration ? ou un trekking de 1000 km tous les ans
Elle existe sans doute depuis des temps immémoriaux mais c'est le Dr Bernard Grzimek, vétérinaire allemand auteur avec son fils Michael du livre puis du film "Le Serengeti ne doit pas mourir" qui l'a "vulgarisée" dans les années 50 La grande migration des gnous est annuelle. . On peut même dire qu'elle a lieu pendant une grande partie de l'année. Elle est constituée de un à deux millions de gnous à queue noire, de quelques centaines de milliers de zèbres (jusqu'à 500 0000) et d'un certain nombre d'antilopes, Grant et surtout Thomson. Plus d'un million de gnous accompagnés donc d'un bon peu de zèbres forment un troupeau gigantesque qui parcourt en un an entre 1000 et 1500 km, voire plus. En colonnes pouvant dépasser 30 ou 40 km de long, les gnous parcourent une boucle qui les amène selon la saison entre le sud du Serengeti et de l'aire de conservation du Ngorongoro en hiver et les plaines du nord du Serengeti et Masai Mara au Kenya en été. La grande migration quitte entre mai et juin les plaines du sud pour rejoindre les zones plus humides du nord ou de l'ouest puis de septembre à novembre refont le parcours en sens inverse, toujours à la recherche des pluies et de l'herbe verte et tendre qui va avec. Les gnous peuvent couvrir jusqu'à 80 km par jour !

colonne de gnous en migration
Masai Mara est la zone la plus humide de l'écosystème Serengeti Mara, il y pleut plus de deux fois plus que dans le sud-est du Serengeti : 1,10 m de précipitations annuelles contre 50 cm.
Tous les gnous de la grande migration ne passent pas forcément par Masai Mara. Et à côté de cette grande migration existent d'autres transhumances de gnous, moins longues, par exemple un petit nombre de gnous (50 000 quand même...) va retrouver ses congénères sédentaires du cratère du Ngorongoro, et environ 100 000 gnous quittent les plaines de Loita au Kenya pour passer l'été dans celles de Masai Mara... Et ce n'est pas l'extension intensive des cultures autour de Mara qui freinera le mouvement : selon des sources gouvernementales, il y a eu 1000 % d'augmentation des surfaces semées en blé en 20 ans, entre 1975 et 1995, et sans doute une forte augmentation aussi ces 15 dernières années...
Pourquoi la grande migration des gnous ? ou eatin' in the rain
Les graminées à maturité sont sèches et moins nutritives, elles se chargent en cellulose, certes digestible pour les ruminants, mais s'appauvrissent en protéines, indispensable à la gestation et à l'allaitement. Les gnous suivent donc les pluies, synonymes de pousse d'herbe jeune, riche en protéines. Certains chercheurs pensent aussi que les gnous recherchent tels minéraux et tels oligo-éléments dont ils ont besoin à un moment donné et qui se trouvent à des endroits très différents : cuivre, zinc, sodium à Masai Mara en été en début de gestation et en novembre-décembre dans le Serengeti, en fin de gestation donc, calcium, magnésium et potassium.
La base de l'alimentation du gnou est une graminée du genre andropogon (famille des Andropogonées) caractérisé par des épillets barbus, elle est aussi appelée "herbe à gnou" pour des raisons faciles à deviner ! Les gnous mangent en marchant, ils apprécient les repousses après brûlis (ou passage de zèbres, comme signalé ci-dessous...). Les gnous et les zèbres sont faits pour s'entendre, ils ne broutent pas de la même façon ! Les zèbres, moins difficiles, et plus performants en "broutage" mangent de tout, méthodiquement. Ils font une sorte de pré-tonte pour les gnous, ils leur permettent d'atteindre les jeunes plantes dégagées et stimulent la production de repousses riches en protéines... Les zèbres consomment sans problème la partie supérieure à maturité, plus ligneuse, plus coriace, les gnous, plus délicats, se régalent de ces jeunes repousses de graminées tendres et riches en protéines. Et ce n'est pas fini, après le passage des gnous, les graminées ont encore une repousse qui convient particulièrement aux habitudes et besoins alimentaires des gazelles de Thomson. Les troupeaux mixtes zèbres gnous sont fréquents pendant la grande migration mais les gazelles ne sont jamais loin, même si on les remarque moins. La "tonte" de l'herbe à ras que pratiquent nos tondeuses à gazon sur pattes a des effets bénéfiques pour l'herbe elle-même ! La colonisation de la savane par des arbustes, notamment les acacias, en est empêchée, la tonte à ras sélectionne et favorise les espèces de graminées à croissance basse, comme par hasard celles qu'affectionnent nos amis gnous. De plus nos amis gnous épandrait rien que dans Masai Mara 60 000 tonnes d'engrais naturel sous forme de bouses...

gnou broutant l'herbe rase
Le déterminisme de la migration n'est pas absolument déterminé (...). On évoque l'augmentation de la salinité des eaux dans les diférents points d'eau qui pousserait les gnous à chercher des eaux moins salées. On pense aussi que les gnous peuvent sentir les pluies, un peu (en fait beaucoup mieux) comme nous sentons la fumée.
On pourrait penser qu'un troupeau d'un million de têtes est forcé de bouger, les ressources locales en herbe ayant besoin de temps pour repousser après un broutage consciencieux par des centaines de milliers de mufles. C'est vrai, mais la migration des gnous existait déjà quand le cheptel était bien moindre, l'auteur du fameux "Le Serengeti ne doit pas mourir", notre confrère allemand Bernard Grzimek, avait estimé la population de gnou à 100 000 têtes en 1958, le premier recensement de 1961 avait donné comme nombre de gnous dans le Serengeti un total de 263 362 (admirable précision, surtout si l'on sait que ce nombre est obtenu en divisant le nombre de pattes comptées par 4). Et la migration était bien établie sur les mêmes parcours qu'actuellement. Depuis, on estime la population de gnous a largement dépassé le million, grâce à un ensemble de facteurs devenus favorables. Les incendies qui ont dévasté les zones arbustives et les ont remplacées par de la prairie, les pluies plus abondantes des années 1970, ont favorisé lesghraminées et les herbivores. Et aussi immunisation naturelle (et vaccinale pour les troupeaux domestiques) contre la peste bovine qui, à la fin du XIXème siècle et dans les premières décennies du XXéme, les avait durablement décimés (en fait pire que ça : seul 10 % du cheptel aurait survécu). Avec les sécheresses de ces dernières années, certains comme Michel Denis-Huot pense que la population de gnous décroit de nouveau.

Serengeti en février, troupeau de zèbres en migration (avec quelques gnous et élands du Cap)

troupeau mixte, gnous et zèbres, à Ndutu N.C.A. Tanzanie

Migration : gnous et jeunes en février à Ndutu
Reproduction des gnous et grande migration des mêmes
La conception se fait en mars avril, au début de la migration des gnous. Les gnous mâles se constituent au sein du troupeau des harems pouvant compter plusieurs dizaines de femelles en rut qu'ils protègent à coup de meuglements et de cornes contre les ardeurs des autres mâles. Les mâles célibataires sont rejetés sur le bord du troupeau, là où ils sont le plus vulnérables, les places les plus sûres sont réservées aux femelles et à leurs petits ainsi qu'aux "pachas". Les
petits naissent après une gestation d'environ 8,5 mois, principalement en janvier et février, les dernières naissances ont lieu en mars... Les naissances ont lieu en plein jour, quand l'activité des prédateurs est moindre. En 3-4 semaines, à raison de 8000 gnous nouveaux-nés par jour, l'essentiel des naissances ont eu lieu. Ces naissances se passent dans le sud du Serengeti et dans l'aire de conservation du
Ngorongoro (NCA Ndutu). Madame Gnou y accouche d'un seul petit, sous l'œil intéressé des mangeurs de placentas (et plus si
affinités opportunités), hyènes et chacals... Les vautours aussi sont là pour
débarrasser la savane des avortons, mort-nés et autres parturientes mortes en couche. Faut dire qu'il y a du pain sur la planche, si j'ose dire, avec ces 8000 naissances par jour !
Le petit gnou peut se mettre debout et marcher puis galoper au bout de seulement trois à six minutes ! Indispensable quand on est l'objet de tant de convoitises ! Maman gnou est du genre distrait, elle peut abandonner involontairement son pourtant unique petit, encore endormi, pour bouger ou migrer avec les copains et parcourir des kilomètres et des kilomètres avant de s'apercevoir de son léger oubli. Le petit veau-gnou suivra alors tout ce qui bouge, 4x4 compris en meuglant plaintivement.
Cœurs sensibles, ne lisez pas plus loin, ces petits solitaires ne passeront pas la nuit... Il n'y aurait que 60 % de veaux à atteindre l'âge de 4 mois et encore la concentration des naissances en quelques semaines "sature" pourtant les capacités d'absorption des prédateurs, les pertes sont ainsi moindres que si les naissances étaient plus étalées dans le temps... Petit gnou reste avec sa mère pendant un an, jusqu'à la naissance de petite soeur gnou ou de petit frère gnou. Les femelles sont fécondes
chaque année jusque vers 12 ans. La durée de vie maximale d'un gnou est d'environ 18 ans, mais bien peu dans la savane atteignent ce grand âge...
Dès 8 jours, bébé gnou peut parcourir jusqu'à 30 miles (plus de 40 km) par jour. Et quand arrive le moment de la grande migration ancestrale vers le nord à la recherche des pluies et herbes tendres, notre jeune gnou qui a alors 3-4 mois est capable de ne pas se faire larguer au cours des heures passées à migrer sur des dizaines de kilomètres, de soutenir l'allure et est beaucoup moins vulnérable. Jusqu'au crossing prochain, mais c'est une autre histoire que je raconte dans la partie 2 de la grande migration des gnous, s'pas ?

Migration : bébé gnou avec sa maman gnou

Migration : bébé gnou sans sa maman gnou. Ses heures sont comptées...

Migration : gnous en février à Ndutu
Où et quand admirer la grande migration des gnous ?

Carte tirée de "Kenya Tanzanie Le guide du safari faune et parcs" de Michel Breuil et al. Éditions Marcus, achat hautement recommandé
Quand ? Et bien tout le temps, ou presque ! Mais pas aux mêmes endroits ! En janvier et février, les gnous (et zèbres et parasites : tsé-tsé, lions, chacals, hyènes) quittent le NCA et on peut les observer à Ndutu. En juin on les trouve sur la Grumeti et la Mara, de juillet à octobre, les gnous sont dans le Masai Mara, ils retournent dans le sud à partir de septembre, octobre et le cycle continue... En principe, en principe ! Mais, comme tout phénomène naturel, de gros écarts sont possibles, encore plus quand ces phénomènes dépendent des conditions climatiques. De grosses variations sont possibles dans les saisons, et donc dans le parcours de la grande migration. Ainsi en février une année, nous avons parcouru pendant 10 jours tout le Serengeti du nord au sud et le nord de l'aire de conservation du Ngorongoro en ne rencontrant que des hordes faméliques (en nombre, pas en satiété). La migration des gnous est perpétuelle, ou presque !
Où ? Les endroits de prédilection : en Tanzanie en hiver (petite saison sèche) Ndutu, de mai à juillet Lobo, Klein's Camp, Migration Camp et le corridor ouest (Grumeti), au Kenya de juillet à octobre Masai Mara.
carte animée de la migration
(tirée du site thesafaricompany)